Risque amiante, risque mondial majeur à l'horizon 2030 ?

 
Le risque amiante en milieu professionnel ou en lieu habité fait partie des risques majeurs de demain selon le principal cabinet international de réassurance SwissRe. Dans son dernier rapport annuel paru fin juin, SwissRe estime que le risque d'exposition à l'amiante de 900 millions d'humains en Europe et en Asie Centrale notamment pourrait coûter au minimum une facture de 100 milliards de dollars (100 Mds US$) dans les prochaines années.
 
Rédigé en Anglais, nous avons traduit pour vous l'article consacré au risque d'exposition à l'amiante.

L'exposition à l'amiante est-elle un risque émergent majeur dans le monde ?

Traduction de la page 14 du rapport SONAR, rédigé par l'institut SwissRe, consacré aux nouveaux risques émergents. 

L’amiante pourrait coûter 100 Mds de US$ dans le monde

L’amiante pourrait bien être une bombe à retardement pour les assureurs. Il y a 25 ans, les premiers cancers de l’amiante et le décès des victimes avaient déjà coûté cher à la compagnie d'assurance Lloyds. Et depuis tous les assureurs comptent leurs pertes et elles provisionnent pour l'avenir puisque l'indemnisation du risque d'exposition à l'amiante devrait atteindre à l'avenir les 100 milliards de dollars (100 Mds US$).

Difficile d’estimer précisément à ce jour le nombre futur de victimes de l’amiante tant le temps de déclenchement de la maladie et le délai de dépôt de plainte sont longs. Les risques d'exposition à l’amiante des travailleurs ont lieu dans les mines, dans les produits manufacturés qui en contiennent ou dans les travaux / démolition de bâtiments. Mais le cancer peut se déclencher 40 à 50 ans après le risque d'exposition à l'amiante. Et les plaintes en justice ne peuvent avoir lieu plus tôt bien entendu.

L’amiante est-elle partout interdite dans le monde ? Avons-nous tous tiré les leçons de ces drames ?

Oui, dans de nombreux États. Dans certains cas, cette interdiction de l’amiante ne concerne que les formes les plus dangereuses de cette substance. Mais, même les pays européens, réputés les plus en pointe dans leur législation anti-amiante, ne l’ont interdit ni partout, ni complètement. Et un nombre conséquent de pays ont pris le minimum de mesures, en particulier dans les pays émergents. Quatre millions de tonnes d’amiante ont été utilisés en 2013 en Russie, en Inde, en Indonésie, au Brésil et dans plusieurs autres pays en plein boom économique. En 2016, 2 millions de tonnes supplémentaires d'amiante ont été extraits pour les utiliser principalement en Asie et en Amérique latine. Pas plus tard qu’il y a trois ans, un rapport de l’ONU a révélé que « un tiers des 900 millions d’Humains peuplant l’Europe et l’Asie Centrale sont potentiellement exposées à l’amiante au travail et dans leur environnement de vie ».

Les dernières statistiques enregistrent 15 000 décès par an directement causés par l’amiante aux cours des trois dernières années. Et encore, cette statistique ne prend-elle en compte que les personnes exposées à l’amiante il y a 40 ou 50 ans. Elle ne comptabilise pas ceux qui inhalent de l'amiante aujourd’hui… Or, les dizaines de milliers de personnes qui respirent aujourd’hui de l’amiante pourrait bien demain, dans 40 ou 50 ans, être victimes de cancers provoqués par l’amiante.

Il est clair que pour annihiler le problème, il faut renforcer les interdictions d’utilisation de l’amiante et de produits amiantés. A ce jour, soixante deux pays dans le monde ont initié des mesures de bannissement total ou partiel de l’amiante selon l’organisation internationale pour l'interdiction de l’amiante (IBAS). Mais parmi les principaux États non-signataires et non-membres de cette organisation se trouvent les principaux utilisateurs d’amiante : les États-Unis, la Chine et la Russie. Plus localement, des mesures pourraient être prises pour réduire l’exposition des travailleurs à l’amiante en leur fournissant des masques de protection fiables. Renforcer dans chaque pays les réglementations sanitaires au travail en cas de démolition d’immeuble est aussi la priorité des priorités.

Les impacts attendus du risque amiante

Même si les données manquent dans beaucoup de pays, on estime déjà à 10 000 travailleurs qui sont exposés à l’amiante au moment à l’instant même où cet article est écrit.

  • Il faut aussi prendre en considération ceux qui sont exposés de manière passive et co-latérales aux fibres d’amiante dans l’air, simplement parce qu’ils vivent ou circulent à proximité d’un chantier en travaux ou d’un immeuble en construction avec des matériaux qui en contiennent.
  • L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, qui a travaillé sur le sujet) et l’Organisation Internationale du Travail (OIT) ont toutes deux recommandé la prohibition de l’amiante dans les matériaux de construction.
  • À terme, les compagnies d’assurance pourraient un jour ne plus couvrir le risque d’amiante.